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Interactif Agriculture

La santé des plantes

Histoire de la protection des cultures. 

Le 15 Octobre 2010

Joseph Marchadier

 Le présent article donne un aperçu du sujet, si vous désirez davantage de précisions, reportez vous à la page: Evolution de la protection des cultures.

 

Pour se développer convenablement et exprimer tout son potentiel génétique, un végétal requiert un certain nombre de conditions :

  • le milieu pédo-climatique doit être le mieux adapté possible à ses exigences
  • Son alimentation en sels minéraux doit être suffisante
  • La concurrence des plantes adventices (mauvaises herbes) doit être réduite.
  • Il doit être exempt de maladies, principalement des maladies cryptogamiques.
  • Il doit être protégé des ravageurs, principalement des insectes.

Nous nous proposons ici de retracer la manière dont les trois dernières exigences ont progressé au cours des 50 dernières années.

 

La lutte contre les mauvaises herbes
La lutte contre les maladies des plantes
La lutte contre les insectes ravageurs
Choisir ses risques

La lutte contre les mauvaises herbes

Depuis l’origine de l’agriculture, le désherbage des cultures s’est fait à la main. puis avec des petites machines : herses pour les céréales ou bineuses pour les cultures en rangs espacés comme la betterave ou le maïs… L'inconvénient de ces méthodes était la pénibilité du travail, une consommation de main d'œuvre importante et une efficacité sur les mauvaises herbes proportionnelle au temps passé.

Le désherbage chimique a véritablement pris son essor en France au tout début des années 50 et n’a concerné dans un premier temps que les cultures les plus difficiles à désherber à la main et présentant des surfaces suffisantes pour constituer un marché pour la phytopharmacie, c’est à dire les céréales.

Il s’agissait d’utiliser des produits susceptibles de limiter le développement des adventices sans porter préjudice aux cultures, c'est ce que l'on a appelé le désherbage sélectif des cultures.

Les premiers herbicides ne permettaient d'éliminer que les adventices très différentes sur le plan botanique des cultures à protéger. On a réussi à éliminer les dicotylédones dans les champs de céréales qui sont des graminées.

Ce n’est que plus tard dans les années 60 que l’on a trouvé le moyen d’éliminer ou plutôt de limiter  le développement des graminées dans les champs de céréales.

Ces techniques sont relativement délicates à utiliser :

Les produits utilisés sont potentiellement toxiques pour toutes les plantes, y compris celles dont on cherche à protéger la culture.

Il faut donc choisir les conditions de traitement qui vont handicaper davantage les adventices que la culture. On joue pour cela sur le stade de développement des plantes, la température et l’humidité au moment des traitements, la concentration des produits etc.

Les produits utilisés sont aussi toxiques pour l’homme. Les personnes qui les manipulent doivent obligatoirement se protéger au risque de subir des intoxications plus ou moins sévères.

Malgré ces inconvénients, le désherbage chimique a permis une amélioration de la productivité telle que son utilisation s’est très vite généralisée et est devenue indispensable.

Au fil des années, des progrès ont été accomplis, de nouvelles molécules ont été proposées plus souples d’emploi, moins handicapantes pour la culture protégée, et moins toxiques pour l’homme et l'environnement.

Toute une panoplie de produits a été proposée aux agriculteurs pour qu’ils puissent adapter leurs décisions aux situations rencontrées.

-       Les produits de prélevée sont épandus dés le semis et tuent les mauvaises herbes dés le début de leur germination

-       D’autres sont utilisés seulement en cas de levée des mauvaises herbes et choisis en fonction de la nature de ces mauvaises herbes.

Tous ces produits ne sont efficaces que sur les plantes jeunes, ils ne sont utilisés que sur une période très courte de l’année.

Contrairement à une idée reçue, les agriculteurs n’ont pas intérêt à multiplier les traitements et les quantités de produits.

Avec leurs conseillers, ils ont cherché à mettre au point des modalités d’utilisation des produits permettant de réduire les doses prescrites

 par les fournisseurs de produits en compensant cette diminution par une meilleure maîtrise de l’épandage : utilisation de moins d’eau et amélioration de la régularité d’épandage du produit. Cette voie n’est cependant pas exempte de dangers à long terme. En effet, l’utilisation de doses réduites peut favoriser l’apparition de résistances dans les populations d’adventices.

Actuellement, l’informatique et la robotisation des machines permet de nouvelles avancées :

            Certains dispositifs en cours de mise au point, vont être capables de détecter automatiquement les places des parcelles où se sont développées les mauvaises herbes. En parcourant la parcelle avec des machines équipées de tels détecteurs, le produit ne sera épandu que là où les adventices sont présentes. Les quantités de produits utilisées peuvent être, dans certains cas, considérablement réduites.

            Pour certaines cultures semées en lignes relativement espacées comme le maïs ou la betterave, des machines vont être capables de détruire les mauvaises herbes entre les lignes par sarclage mécanique et de réduire le désherbage chimique à la ligne de semis là ou le sarclage est impossible sans détruire la plante cultivée.

D’ores et déjà, des progrès considérables ont été faits. Depuis 20 ans, les quantités de désherbants utilisés en grande culture ont été divisées par 2. De nouveaux progrès sont encore possibles par la généralisation des techniques évoquées dans le chapitre précédent. Il faut remarquer ici que l’intérêt de l’agriculteur et la préservation de l’environnement ne sont absolument pas contradictoires. L’agriculteur ne dépense jamais d’argent par plaisir et il est le premier concerné par l’environnement et la pérennité de son exploitation.

La lutte contre les maladies

La lutte contre les maladies cryptogamiques était réservée jusqu’à un passé récent à la viticulture et à l’arboriculture.

Jusque dans les années 50, les maladies des céréales transmises par les semences, les plus graves étaient la carie du blé, le charbon (blé et orge) et l’ergot du seigle (seigle et blé). Elles provoquaient des dégâts considérables dans les cultures de céréales. La carie et le charbon faisaient baisser gravement les rendements et rendaient la récolte inutilisable pour la consommation humaine en raison de l’odeur et de l’aspect des farines. L’ergot du seigle rendait la récolte inutilisable en raison de sa forte toxicité. A dose maîtrisée, les propriétés de l’ergot du seigle sont utilisées en pharmacie. Ce champignon sert aussi de base à la fabrication du LSD.

Dés le début des années 50, le traitement chimique des semences a permis une quasi éradication de ces maladies. Le développement de l’agriculture biologique qui interdit le traitement chimique des semences a favorisé une recrudescence de ces maladies oubliées. L’année 2006 a vu un retour de la carie lorsque les semences n’étaient pas traitées.

De nombreuses autres maladies cryptogamiques s ‘en prennent aux cultures de céréales : les rouilles jaunes, brune ou noire, la septoriose, les fusarioses, l’oïdium …

Bien que provoquant des dégâts moins importants que celles précédemment évoquées, elles font baisser les rendements de façon significative et certaines d’entre elles comme les fusarioses produisent des mycotoxines présentent une certaine toxicité pour les animaux et pour l’homme.

Dés 1970, la question se posait en céréaliculture de l’intérêt d’une protection des tiges, des feuilles et des épis contre les maladies, les premiers fongicides traitant l’appareil végétatif des céréales étaient proposés par quelques firmes de phytopharmacie. L’année 1977 chaude et très humide a mis en évidence de façon éclatante  l’intérêt des traitements fongicides.

Les céréaliers et leurs conseillers se sont mobilisés sur le sujet.

Devant la difficulté d’apprécier l’opportunité de ces traitements, beaucoup d’agriculteurs ont eu tendance à utiliser ces produits de façon systématique et préventive. Pour comprendre leur comportement, il faut savoir que lorsque les symptômes commencent à être visibles dans une parcelle, les incidences sur le rendement sont déjà importants. En plus, les premiers produits dont ils disposaient étaient lessivés par les pluies, diminuant la protection alors même que les risques de maladies augmentaient du fait de l’humidité.

Un premier progrès a consisté à mettre au point des produits dits systémiques, ce qui signifient qu’ils sont absorbés par la plante qui se trouve  ainsi protégée, même après la pluie.

Puis dés le début des années 1980, des modèles de prévision du développement des maladies ont permis de mettre au point des systèmes d’avertissement informant les agriculteurs des risques d’apparition des différentes maladies. Les agriculteurs ont donc pu ne traiter qu’en présence d’un risque réel et ceci de façon suffisamment précoce pour que le rendement soit préservé.

Cette stratégie a eu pour effet de limiter considérablement les quantités de produits utilisées.

De nouvelles avancées vont permettre d’affiner encore l’opportunité des traitements.

La télédétection par satellite permet de mesurer le rayonnement émit par une parcelle en culture. L’analyse de ce rayonnement indique de façon très précoce les démarrages d’attaques de maladies. Les agriculteurs adhérents à ce système d’avertissement, sont donc informés immédiatement de la nécessité de traiter telle ou telle maladie. Ils peuvent ainsi ne traiter qu’en cas d’attaque constatée, mais encore trop limitée pour que les rendements soient altérés.

Les biotechnologies vont également être mises à contribution pour une prévision encore plus précise.

Bien avant que les symptômes n’apparaissent, lorsqu’un végétal est attaqué par une maladie, certains gènes se mettent en activité. Il suffit de mettre en évidence ce démarrage d’activité par des tests simples pour savoir que telle ou telle maladie est en train de s’installer. Les chercheurs ont mis au point une mini grille dans laquelle chaque case contient un réactif spécifique de l’activité d’un gène.  Cette grille est appelée puce à ADN, Il suffit de broyer un morceau de plante et de mettre le liquide obtenu sur la  puce  pour constater le changement de couleur de telle ou telle case traduisant ainsi l’activité du gène spécifique de telle ou telle maladie.

L’utilisation de ce test permettra de ne traiter qu’en tout début d’attaque de la maladie lorsque les dégâts sont encore négligeables alors que la maladie va se développer de façon certaine.


La lutte contre les insectes ravageurs

Plusieurs insectes sont susceptibles de provoquer des chutes de rendement importantes : la mouche grise, différentes sortes de puceron, chez le maïs, la sésamie et la pyrale.

Avant 1975, la lutte contre les insectes ravageurs des céréales n’occupait pas une place très importante dans les préoccupations des céréaliers. Au cours de cette année 1975, les pucerons se sont fortement développés sur les épis de blé dans de nombreuses régions françaises. Les agriculteurs hésitaient à traiter, leurs conseillers étaient partagés, certains étaient partisans de traiter, d’autre non. Une partie des surfaces ont été traitées, l’autre non. En moyenne, on a estimé que la chute de rendement supportée par ceux qui n’avaient  pas traité était de l’ordre de 20%. Dés lors, il n’était plus possible d’ignorer les pucerons.

Plutôt que d’intervenir trop tard, de nombreux agriculteurs échaudés ont choisi des traitements préventifs dés qu’ils apercevaient le premier puceron dans la région.

Les produits dont on disposait à l’époque manquaient de sélectivité. Ceux qui étaient efficaces contre les pucerons tuaient également de nombreux insectes utiles.

Les firmes de phytopharmacie ont donc cherché à mettre au point des insecticides spécifiques du puceron. Des progrès notables ont été obtenus.

Les produits utilisés aujourd’hui affectent peu ou pas du tout les insectes utiles.

Comme pour les fongicides, des produits systémiques ont été mis au point évitant de multiplier les traitement après les pluies.

Un système d’avertissement a pu là aussi permettre aux agriculteurs de ne traiter que lorsqu’un risque existe réellement.

Le maïs s’est fortement développé en France dans les années 60 et 70 grâce à la mise au point d’hybrides bien adaptés à des régions françaises de plus en plus septentrionales. Bien entendu, ce développement s’est accompagné d’un développement concomitant de ravageurs adaptés aux différentes régions françaises : la pyrale et un peu plus tard, la sésamie. Des insecticides spécifiques ont du être mis au point, mais leur emploi est délicat en raison du développement végétatif très important du maïs au moment où le traitement doit être appliqué. Deux méthodes sont possibles : l’épandage par hélicoptère ou l’utilisation de tracteurs enjambeurs analogues à ceux qui sont utilisés pour le traitement de la vigne. Le traitement par hélicoptère nécessite des surfaces très importantes et risque de manquer de précision. L’autre méthode nécessite un investissement spécifique lourd. On comprend alors l’intérêt du maïs Mon210 qui, résistant à la pyrale et la sésamie, permet d’éviter tout traitement de la culture.

 

Choisir ses risques

Tous les produits utilisés sur les cultures: herbicides, fongicides, insecticides font l’objet d’examens par les services officiels qui délivrent les AMM (autorisations de mise sur le marché) lorsque la preuve de l’efficacité de la protection de la culture est avérée et la plus faible nocivité possible pour l’environnement dûment prouvée.

Malgré toutes ces précautions, les produits utilisés contre les mauvaises herbes, les maladies et les ravageurs restent comme tous les médicaments ayant une efficacité, des produits toxiques pour l’ensemble des organismes vivants. Il faut savoir et nous en avons donné quelques exemples, que des cultures mal protégées sont aussi source de toxicités. Il n’existe pas de système totalement sûr, vaut-il mieux une toxicité faible et connue ou une toxicité aléatoire et éventuellement violente. L’agriculture conventionnelle se place dans la première stratégie, l’agriculture biologique dans la seconde. Le choix est philosophique, chacun doit pouvoir le faire en toute liberté.

A notre avis le risque lié à l’agriculture conventionnelle est stable dans le temps en raison des progrès constants dans l’exigence d’innocuité des nouveaux produits et les raisonnements de plus en plus précis des agriculteurs et de leurs organisations.

Les risques liés à l’agriculture biologique vont augmenter plus que proportionnellement avec son développement. En effet, tant qu’elle est peu développée et entourée de parcelles de l’agriculture conventionnelle bénéficiant d’une bonne protection sanitaire ce qui limite le développement des parasites, les risques de maladies ou d’invasion de ravageurs sont relativement faibles et les accidents peu nombreux. Si elle se développe fortement, elle bénéficiera de moins en moins de cette protection et progressivement devra pour survivre faire appel à une partie des moyens de l’agriculture conventionnelle.

Avant les années 50, il n’y avait pratiquement aucune différence entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique. Les techniques développées par l’agriculture conventionnelle depuis  cette époque n’ont pas eu pour but d’empoisonner le monde, mais de résoudre des problèmes concrets. Ces problèmes sont les mêmes pour tout le monde. Nous faisons le pari que demain, au delà du langage et de l’éthique, l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique ne ferons plus qu’une agriculture. En effet, si l’agriculture biologique met en œuvre des moyens efficaces et préservant mieux l’environnement, il n’y a aucune raison que l’agriculture conventionnelle ne les adopte pas. Si l’agriculture biologique n’arrive pas à résoudre avec ses propres moyens les problèmes qui vont immanquablement jalonner son développement, elle devra, pour survivre, adopter une partie des moyens de lutte de l’agriculture conventionnelle.

 

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